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XNOYBIS


De viande à viande, on a là une belle pièce saignante. Je ne sais pas si c'est le rouge dégoulinant sur cette pochette cartonnée du plus bel effet (à partir d'une photo d'une photographe dont on vous conseille la visite de sa galerie) qui brouille la vue et fait voir rouge mais on a comme des envies de tout foutre en l'air une fois les cinq titres écoulés dans les veines. Après un titre (Picardian Fight Song) qui avait fait naître beaucoup d'espoirs sur le split single avec Pord, Xnoybis était attendu au tournant qu'ils avaient déjà entrepris musicalement sur ce single. L'influence Godflesh d'un premier album étreignant s'estompait au profit d'une approche plus noise-rock mais tout aussi étouffante. On perd Godflesh mais on gagne Dazzling Killmen. Faites vos jeux, rien ne va plus sauf que moi, ça me va parfaitement. Mais de ce Picardian Fight Song qu'on retrouve ici et très marqué par les Dazzling, notamment au niveau du jeu de basse, il en subsiste surtout, sur les quatre inédits restants, l'esprit belliqueux et torturé, la machine infernale qui vous broie menu menu, où il est difficile d'y glisser un doigt sans que tout le bras n'y passe. Dans les faits, Xnoybis mène sa barque à sa manière. En passant de trio à duo, la basse faisant les frais de l'opération, bien que ce soit le guitariste d'origine qui s'est fait la malle. Le bassiste abandonne son instrument de prédilection, enchaîne avec la six cordes, tente de jouer les compensateurs pour un rendu au final forcément différent, bien que des tonalités de grave subsistent et que la guitare arriverait presque parfois à passer pour une basse. Les miracles de la technologie. Trois titres enregistrés en mars 2010 où Xnoybis continue de faire dans le long (plus de vingt minutes) sans perdre une once d'intensité. Si vous n'avez jamais eu peur de grimper l'Everest par sa Face of Collapse, vous en avez pour votre dose de rythmes non répertoriés dans le manuel, de chant vous arrachant une tripe, en gros progrès, plus varié, faisant souvent penser à Playing Enemy (comme la musique d'ailleurs), de noirceur virulente, de cheminements machiavéliques. Avec un Sleepless vous offrant un moment de flottaison de toute beauté avant de vous achever. De face. Méthodiquement. Méticuleusement. Quatrième et cinquième morceaux, enregistrement novembre 2008. Dernière trace du passé à trois, ultime témoignage avant changement de cap. Outre Picardian Fight Song, Xnoybis délivre un Three or Four Shades of Grey de dix minutes où les pieds sont encore dans le béton de Godflesh. C'est lent, lourd, les arpèges Broadrickiens cinglent l'air (qui se fait rare) avant que tout ne parte en couilles, qu'on ne comprenne plus rien à la structure qui tangue et qu'on se laisse soumettre par tant d'acharnement. De l'immeuble bleuâtre aux grues dans la grisaille rougeâtre, les visuels de Xnoybis nous rappellent sans cesse que leur musique est une histoire d'architecture. Mais aussi imposante soit elle, ce n'est pas un fantôme surgit de nulle part, un monstre de froideur. Avec Meanwhile, et bien que cet album marque encore et toujours un tournant entre deux changements, Xnoybis a su insuffler de la tension, de la vie dans ces constructions complexes, loin d'être vides et inhumaines et qui font qu'on a envie d'y retourner. Ne pas oublier que c'est avant tout une histoire de rock, de sentiment d'urgence, être face à du concret mais jamais loin des issues de secours. Xnoybis l'a bien compris, menace, gronde tout en étant encore loin d'avoir atteint son apogée.
SKX (21/12/2010) PERTE ET FRACAS