HELIOGABALE




Heliogabale, l'énième retour. Quinze ans d'activisme, cinq albums et un EP, une présence discrète dans les salles de concerts. Heliogabale, un des derniers mohicans de la scène noise-rock française du début des années 90 avec les Kill The Thrill. Ils font parti du paysage sans vraiment y être. On n'est même plus surpris de les réentendre après six ans de silence et un Diving Rooms excellent. 


Heliogabale a toujours eu l'habitude de souffler le chaud et le froid. De s'offrir une image contrastée. Ce sont les anti-Marvin. Loin d'être potes avec tout le monde. D'être d'une sociabilité à toute épreuve. De sillonner les routes à la recherche du moindre concert. Un parcours erratique, une situation où ils ne semblent plus rien attendre de spécial. Se faire plaisir, libre de faire ce qui leur passe par la tête. 

Exit le noise-rock de Diving Rooms qui renvoyait à leur début rimant avec sombre et dépravé. Exit les atermoiements de Mobil Home. Blood raconte une nouvelle histoire. Et elle a été tiédasse au début. Le sang ne coulait pas à flot. Heliogabale a décidé de se la jouer beaucoup plus tranquille. Confier l'enregistrement et le mixage à Antoine Gaillet et Patrick Müller, qui se sont occupés de M83 et BB Brunes entre autres, est un premier signe. Surtout quand dans son histoire, on a plus eu l'habitude de Ian Burgess et Steve Albini. Voix en avant, ça toujours été un peu ça chez Heliogabale mais là, c'est encore plus flagrant. Guitare en retrait. Bien dommage car elle en a des choses à dire. C'est même elle qui fait tout le boulot. Son léché, ajout d'un saxophone (sur Ô my friends et sirupeux sur Zigzag) pour un éclat vieillot s'intégrant difficilement. Heliogabale aurait décidé de se remettre en cause qu'ils n'auraient pas fait autrement. 
Mais une fois cette barrière passée, force est de reconnaître que la qualité des compositions est là. Le nerf de la guerre. Un Heliogabale à nu, qui ne se cache plus derrière les dissonances et la véhémence. Le sombre s'est transformé en une mélancolie douce-amère. Le poids de l'âge, le fil des ans. La guitare de Philippe Thiphaine déploie des trésors de finesse mélodique, tire l'album vers le haut, là où la section rythmique se fait plus discrète que d'habitude. Mais qu'on ne s'y trompe pas. La tension est présente, larvée sous ces faux-airs de pop-rock sans danger et les morceaux finissent par s'imposer d'eux-mêmes. Foolish If, l'énorme Knocked out où on jurerait entendre les gémissement d'un Eugene Robinson (Oxbow), Juicy Fruit et la ligne de basse inspirée de Vivian Morisson (qui a quitté le groupe depuis), Q for qing, malgré la voix rocailleuse de Sasha Andrès bien trop sur le devant, le subtil Rewind terminant l'album d'un groupe qui ne rembobine pas le fil de son histoire, ne regarde pas derrière lui. Heliogabale tisse sa toile patiemment et malgré une piqûre initiale inconfortable et des défaillances,Blood finit par couler dans vos veines, évident.

Chronique de SKX  PERTE ET FRACAS



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